Coup de foudre à la Chambre d’Amour ou comment Richard Leydier pense La Littorale #7

La Littorale #7 se place sous le signe de l’amour. Richard Leydier, son commissaire, explique comment il a pensé cette septième édition qui présente du 24 août au 4 novembre les œuvres éphémères de onze artistes internationaux installées à la Chambre d’Amour. Propos recueillis par Elisabeth Couturier.

Comment avez-vous préparé cette biennale intitulée Chambres d’amour ?

J’ai voulu restituer l’esprit des lieux. Il y a une dizaine d’années, j’ai eu un coup de foudre pour Anglet où j’étais venu passer des vacances en famille. Depuis, nous y sommes retournés très régulièrement. Et nous avons fini par acheter une maison dans les environs. La Chambre d’amour est un des premiers endroits que j’ai découvert en arrivant. C’est un lieu de contrastes. Très prisées des surfeurs, ces plages avec ces falaises qui surplombent l’océan, et se situent avant le Cap Saint Martin et le phare de Biarritz, ouvrent sur un paysage d’une incroyable beauté. En partie sauvage, en partie aménagé, ce lieu marque la frontière entre les plages de sable des landes et les récifs du pays basque. Une légende née au XVIIIe siècle, bien connue ici, y reste attachée…

Un lieu propice à l’imagination, en somme ?

Oui car il existe une grotte située au niveau de la mer – en fait il y en a plusieurs – qui aurait abrité les rendez-vous secrets d’un jeune couple, lui fils d’un pauvre berger et elle fille d’un riche propriétaire terrien. Une histoire à la Roméo et Juliette qui, elle aussi, finit mal : un petit matin les deux tourtereaux surpris par une tempête et par l’eau ayant submergé leur cachette seront retrouvés morts enlacés sur la plage.

Ce paysage romantique et cette légende vous ont-ils incité à prendre pour thème de la Biennale 2018 celui de l’amour ?

Effectivement. L’approche géopolitique de la côte à l’heure du tourisme de masse ayant été traitée par Paul Ardenne pour l’édition précédente, j’ai préféré aborder le rapport entre ce lieu grandiose, les œuvres, et le public, d’une manière plus intime. Ainsi ai-je proposé comme thème aux artistes celui de l’amour sous tous ses aspects : l’amour passionnel, pour son prochain, l’amour filial, mais aussi bien, l’amour du surf, etc.

Cela les a-t-il inspirés ?

Et comment ! Vous savez, il n’y a jamais que trois ou quatre grands thèmes qui traversent l’art : la mort, le sexe, l’amour…

Les artistes sélectionnés sont-ils venus repérer les lieux ?

Pendant six mois j’ai fait guide touristique pour artistes ! Marcher le nez au vent face à l’Atlantique, parler avec chacun d’eux pendant des heures, notamment d’amour, sur ce que cela implique ou déclenche comme joies et comme peines, fut un moment d’échanges forts qui, je l’espère, irriguent chacune des œuvres présentées.

Vous avez également réduit le périmètre de la Biennale, pourquoi ?

Rappelons que l’originalité de la Littorale consiste à exposer des œuvres in situ, inédites, produites pour l’occasion, et éphémères. Or, comme l’amour est un thème qui concerne surtout le domaine des émotions, celui de la vie intérieure, il me semblait important de ne pas disperser les pièces dans des sites éloignés les uns des autres. Le parcours se partage entre la caverne, le jardin de la grotte, la falaise, la petite chambre d’amour, la promenade de la chambre d’amour, le long de la côte. Soit un trajet continu, en forme de spirale, que l’on peut faire à pied.

Autre originalité : chacune des œuvres est accompagnée d’un texte. Pourquoi ?

Parce que le sujet est éminemment romanesque. Et que cela permet de créer un lien plus fort avec les œuvres. Le public peut, s’il le souhaite, marquer une pause devant l’œuvre, et prendre le temps de lire un poème, un extrait de roman, un conte, une chanson, etc., choisis par chaque artiste en fonction du lien personnel et sentimental qu’il/elle entretient avec tel ou tel texte …

Avez-vous opté pour des œuvres monumentales ?

Cette biennale compte onze participations, dont des couples et des duos. Certaines œuvres sont monumentales, comme la tour d’observation de quatre mètres de haut en bois réalisée par l’artiste japonais Tadashi Kawamata, ou encore l’installation de néons de Lionel Scoccimaro dans la caverne. D’autres, comme la Venus en bronze de Stéphane Pencréac’h, sont plus « à échelle humaine ». Outre le rapport au texte, la récurrence est une autre manière de créer une intimité, un sentiment familier : c’est pour cela que plusieurs étonnants tableaux de Laure-Mary-Couégnias ponctuent le parcours. Jouer à tout prix la carte du monumental peut s’avérer décevant. Vous risquez de perdre en densité. Comme lorsque vous agrandissez un document photo numérique, il s’ensuit une inévitable pixellisation. Je préfère l’intensité à la monumentalité. Et le sujet de l’amour s’y prête.